EUDR pour le café et le cacao : ce qui change concrètement pour les importateurs
Les deux matières premières où l’EUDR pèse le plus lourd en volume d’échanges avec l’UE. Ce que les producteurs d’Afrique de l’Ouest et d’Amérique latine doivent fournir, et les difficultés propres à ces filières.

Le café et le cacao figurent parmi les sept matières premières couvertes par l'EUDR, et concentrent une part importante des volumes échangés avec l'Union européenne. Leurs chaînes d'approvisionnement partagent une caractéristique qui complique particulièrement la mise en conformité : une multitude de petites exploitations familiales, souvent regroupées en coopératives, sans système d'enregistrement parcellaire centralisé comparable à celui d'un grand pays agricole européen.
Ce qui distingue café et cacao des autres matières premières EUDR
- Une multitude de très petites parcelles— en Côte d'Ivoire, au Ghana pour le cacao, en Éthiopie ou en Colombie pour le café, les exploitations de quelques hectares dominent, avec un historique de relevé GPS souvent inexistant avant l'entrée en vigueur du règlement.
- Des coopératives comme intermédiaires structurants— la collecte passe fréquemment par une coopérative qui agrège la production de centaines d'exploitants, ce qui déplace une partie de la charge de relevé et de documentation vers cet intermédiaire plutôt que vers chaque producteur individuellement.
- Des mélanges fréquents en aval — un torréfacteur de café mélange couramment plusieurs origines pour composer un profil de goût constant, ce qui multiplie le nombre de parcelles à référencer pour un seul produit fini.
Ce qu'un importateur doit obtenir de ses fournisseurs
- Les coordonnées géographiques de chaque parcelle ayant contribué au lot importé — via le producteur direct si la relation est directe, via la coopérative si elle centralise la collecte.
- Une preuve de l'absence de déforestationaprès le 31 décembre 2020 sur chacune de ces parcelles — souvent établie par recoupement avec l'imagerie satellite disponible publiquement, faute de titre de propriété formalisé dans certaines régions.
- La chaîne de traçabilité entre la parcelle et le lot exporté — quel volume de chaque exploitant est entré dans quel conteneur, à quelle date.
Le cas des mélanges : comment rester conforme
Un produit fini composé de plusieurs origines ne peut pas être couvert par une seule déclaration agrégée qui masquerait les parcelles individuelles. Deux approches praticables, déjà couvertes plus en détail dans notre guide sur la déclaration de diligence raisonnée : une déclaration par lot de production référençant l'ensemble des parcelles ayant contribué, ou une déclaration de référence par fournisseur réutilisée tant que ses parcelles n'ont pas changé. Pour un torréfacteur qui mélange plusieurs origines dans une même torréfaction, la première approche reste la seule qui documente correctement chaque composant du mélange.
Ce qui aide concrètement, sur le terrain
- S'appuyer sur les coopératives déjà structurées— celles qui disposent déjà d'un système d'enregistrement de leurs membres (souvent lié à une certification existante) partent avec une longueur d'avance pour produire les coordonnées demandées.
- Prioriser le relevé sur les volumes les plus importants plutôt que de viser une couverture exhaustive immédiate — un importateur qui travaille avec des centaines de petits producteurs peut structurer sa mise en conformité par ordre de volume acheté.
- Vérifier les initiatives sectorielles existantes — plusieurs organisations professionnelles du café et du cacao ont mis en place des outils de collecte de coordonnées mutualisés pour leurs filières, réduisant le coût individuel du relevé.
Erreurs fréquentes
- Exiger d'un petit producteur un relevé qu'il n'a pas les moyens de réaliser seul, sans passer par la coopérative ou un dispositif mutualisé qui répartit le coût.
- Agréger plusieurs origines sous une seule déclaration dès qu'un mélange a lieu, perdant ainsi la traçabilité individuelle de chaque parcelle.
- Attendre que le fournisseur amont résolve seul la question — dans une filière à forte fragmentation, l'importateur a souvent plus de moyens que chaque petit producteur pour organiser la collecte de données.
Checklist
- Cartographier la structure d'approvisionnement : achat direct, coopérative, ou intermédiaire négociant.
- Vérifier si une initiative sectorielle mutualisée existe déjà pour la filière et la région concernées.
- Prioriser le relevé de coordonnées par volume acheté, pas par ordre alphabétique de fournisseur.
- Documenter séparément chaque origine entrant dans un mélange, jamais sous une déclaration agrégée unique.
Ce que ça change pour vous
Le même raisonnement ne se joue pas au même endroit selon votre place dans la chaîne.
Vous êtes producteur
Une petite exploitation qui n’a jamais relevé ses coordonnées GPS n’est pas seule face à cette obligation — la section sur les coopératives et les initiatives sectorielles mutualisées explique comment le relevé peut être organisé collectivement.
VeraTrace pour les producteurs →Vous transformez, vous êtes une marque
Un torréfacteur qui mélange des lots de café de plusieurs origines dans une même torréfaction doit pouvoir tracer chaque origine séparément jusqu’à la parcelle — la section sur les mélanges détaille comment procéder sans casser la conformité.
VeraTrace pour les transformateurs →Vous êtes distributeur ou centrale d'achat
Un fournisseur de café ou de cacao qui ne peut pas produire de coordonnées de parcelle précises n’est pas nécessairement en faute — la petite exploitation familiale reste la structure la plus répandue dans ces filières. Ce guide explique comment cette réalité est prise en compte.
VeraTrace pour la distribution →